Comment finres projette l’évolution du chiffre d'affaires d'une exploitation agricole avec le changement climatique

Caroline Guyot
Product Lead
Le changement climatique modifie les rendements agricoles. Mais pour un agriculteur, un banquier ou une organisation professionnelle agricole, la vraie question est ailleurs : comment se traduit son impact concret sur le chiffre d'affaires et la rentabilité d'une exploitation ? finres a construit une méthode pour traduire des scénarios d'évolution de rendements en scénarios économiques, et ainsi projeter des trajectoires de chiffre d’affaires d'une exploitation avec le changement climatique.
Analyse climatique d’un côté, analyse économique de l’autre : un chainon manquant entre les deux
De nombreuses solutions existent aujourd'hui pour analyser l'évolution du climat à l'échelle d'un territoire. Elles documentent l'intensification des sécheresses, l'augmentation des excès d'eau hivernaux, et l’impact sur certains indicateurs agro-climatiques comme les décalages phénologiques.
De l'autre côté, des outils technico-économiques analysent la performance financière d'une exploitation (marges, charges, trésorerie) mais sans intégrer le changement climatique dans leurs projections. L'exercice reste figé dans le climat d'aujourd'hui, sans prendre en compte les incertitudes inhérentes à l’activité agricole telle que variabilité des prix (intrants et extrants) ou climatique.
Le résultat : un double angle mort. Jusqu’à présent, personne ne faisait le lien complet entre l'évolution des aléas climatiques et l'impact concret sur le chiffre d'affaires d'une exploitation donnée, avec ses parcelles, ses cultures, ses rotations. En ne montrant qu’un scénario économique et financier, en résulte une fausse impression de certitude dans un monde qui l’est de moins en moins. C’est ce que finres a voulu construire.
Comment construisons-nous les scénarios d’évolution de chiffre d'affaires avec le changement climatique ?
Le principe : projeter le chiffre d'affaires à exploitation agricole constante
Notre approche répond à la question suivante : comment pourrait évoluer le chiffre d'affaires d'une exploitation si son système de production restait identique, mais que le climat atteignait +2 °C au sens de la TRACC (Trajectoire de Référence pour l'Adaptation au Changement Climatique) ?
En figeant tout le reste (rotations, prix, charges…) nous isolons l'effet du seul changement climatique sur le chiffre d’affaires et la rentabilité.
C'est le point de départ indispensable à toute stratégie d'adaptation : avant de décider quoi changer, il faut mesurer ce que coûte le fait de ne rien changer (le fameux coût de l’inaction). C'est ici que la mécanique de simulation entre en jeu. L'enjeu est de transformer des scenarios de rendements agricoles eux-mêmes générés avec des modèles climatiques différents, soit des données par culture et par point géographique, en une projection de chiffre d'affaires pour une exploitation spécifique, avec ses parcelles, ses surfaces et sa rotation actuelle.
Localiser les données pertinentes pour chaque parcelle
La première étape consiste à associer chaque parcelle de l'exploitation aux données de rendement les plus proches géographiquement. Nos projections de rendement sont calculées sur une grille couvrant l'ensemble du territoire. Pour chaque parcelle, nous identifions le point de cette grille le plus proche et récupérons les séries de variations de rendement correspondantes, pour chaque modèle climatique et chaque niveau de réchauffement.
Calculer des centaines de scénarios de chiffres d’affaires, qui représentent chacun un futur possible dans un climat à +2°C
Un scénario est défini par la combinaison d'un modèle climatique, d'un niveau de réchauffement et d'une année de départ. À partir de cette année, nous simulons une fenêtre temporelle calée sur la durée du cycle de rotation de l'exploitation.
Pour chaque année du scénario nous reconstituons le chiffre d'affaires annuel de l'exploitation. Avec six modèles climatiques et des dizaines d'années de départ possibles, nous calculons ainsi des centaines scénarios de chiffre d'affaires pour chaque niveau de réchauffement. Chaque scénario représente un futur plausible. Aucun de ces scénarios n'est une prédiction. Chacun est une réalisation plausible de ce que le climat à +2 °C pourrait signifier, concrètement, pour le chiffre d’affaires de l'exploitation.
Lire les résultats : faciliter la prise de décision malgré l’incertitude
L'avenir est par définition incertain. C'est pourquoi nous ne produisons pas un chiffre unique, mais une distribution de chiffres d'affaires possibles. De cette distribution, nous extrayons trois indicateurs qui représentent des événements types pour l’exploitation.
L'année typique (médiane, 50e percentile de la distribution) : le chiffre d'affaires le plus probable à horizon 2050, dans des conditions climatiques ni exceptionnellement bonnes, ni exceptionnellement mauvaises.
L'année avec perte rare (10e percentile) : 90 % des scénarios ont des chiffres d’affaires supérieurs à celui-ci. Par simplification statistique, c'est le niveau de chiffre d’affaires qui serait observé une fois par décennie.
L'année avec perte exceptionnelle (5e percentile) : 95 % des scénarios de chiffres d’affaires font mieux. Par simplification statistique, c'est le niveau de chiffre d'affaires qui serait observé une fois tous les vingt ans.

Graphique d'évolution du chiffre d'affaires : passé et projections à horizon 2050 (+2°C)
Ces scénarios comme base de notre diagnostic DPEC
Ces scénarios de chiffre d'affaires constituent la fondation de notre outil de diagnostic DPEC. Ils permettent de quantifier, pour chaque exploitation, le risque climatique en termes économiques et financiers, un langage commun entre l'agriculteur qui doit adapter son système, la banque qui finance ses investissements, et les organisations qui l'accompagnent.
Parce que la simulation repose sur le système de production actuel, elle sert de ligne de base : c'est le coût de l'inaction. À partir de là, il devient possible d'évaluer l’effet de stratégies d'adaptation telles que le changement de cultures, la mise en place de nouvelles infrastructures, évolution des pratiques agricoles, et ainsi de construire un plan d'action fondé sur des données, plus seulement sur des intuitions.
Pour découvrir comment ces projections s'appliquent à votre portefeuille ou à votre territoire, contactez notre équipe pour une démonstration.